Accueil
Biographie
Les Actualités
Documentation
Discours
Mot du Ministre
Historique
Organigramme
Contact
Grands chantiers
Partenaires
Liens Utiles

     
   
   
   
   
   
Les Attributions
Les Structures
     
     
  OIE  
  FAO  
  AIEA  
  UE  
  BM  
     
     
 
     
   
     
     
     
     

Aviculture : PAS MAL QUAND MÊME

Le potentiel économique est important et malgré des performances inégales, le chemin parcouru est indéniable. Celui qui reste l'est tout autant. Poulets, canards, pintades, dindons : ils sont 28 millions de sujets qui font de l'aviculture une activité socio-économique qui occupe une partie importante de la population des villes, villages et campagnes.


Voilà très longtemps que ce potentiel avait été perçu puisque c'est en 1927 que le Centre fédéral de recherche zootechnique de Sotuba (CFRZ/Sotuba) a été crée par l'administration coloniale. En 1950, celui-ci se dote d'une section avicole qui lance des essais de sélection sur la poule locale et des croisements entre la race locale (kokochiè) et la race importée (Rhode island red). C'est le point de départ de la promotion de l'aviculture au Mali.

Les efforts de recherche paient puisque depuis l'indépendance, les élevages se multiplient, des races exotiques sont introduites, les techniques, l'encadrement et la couverture sanitaire s'affinent et s'étendent, les collaborations s'intensifient pour améliorer l'aviculture villageoise, l'alimentation et l'habitat de la volaille.

L'aviculture moderne est donc en marche. C'est indéniable confirme Ibrahim Ayouba Maïga, le directeur du Projet de développement de l'aviculture au Mali (PDAM), en relevant néanmoins des défis importants qui restent à relever et qui ont trait à une approche qui ne prend pas encore en compte l'ensemble des intervenants, à la mauvaise organisation de ceux-ci, au faible dynamisme du circuit de commercialisation.

Dans notre pays, l'importance des ressources animales détonne ainsi avec la consommation de protéines animales par habitant. Les statistiques indiquent que pour le bétail (bovin, ovin/caprin), elle est de 12 grammes de viande par jour et 18 litres de lait par an. Pour la volaille, la moyenne chute à 1,7 g de viande par jour et 16 œufs par an.

Deux systèmes de production cohabitent dans notre pays : l'aviculture villageoise dite de basse-cour regroupant l'aviculture traditionnelle et l'aviculture villageoise améliorée et le système de production avicole commercial c'est-à-dire moderne. La première variante appelée aviculture familiale est pratiquée de manière très extensive et avec peu ou sans investissement des éleveurs. Elle concerne plus de 95% de la population aviaire et 95 à 97% de la production nationale. Pour le paysan, l'élevage avicole traditionnel lui fait gagner de l'argent mais reste une activité secondaire.

Même si l'élevage mixte de plusieurs espèces est une pratique courante, l'élevage de la poule est la plus répandue. Suivent par ordre décroissant, les pintades, les dindons, les canards et les pigeons. Les effectifs varient de quelques têtes à quelques dizaines de têtes. 

OBJECTIF PUREMENT COMMERCIAL

Pratiquée sans aucune forme d'amélioration, ce type d'aviculture enregistre des pertes très élevées (50% et plus). En cause les prédateurs, les maladies (pas de vaccination, ni de soins vétérinaires), une alimentation au gré des divagations. En conséquence, la productivité est très faible avec 50 à 80 œufs par an et un poids vif de moins d'un kg à 6 mois d'âge. 

L'aviculture villageoise améliorée rapporte déjà plus d'argent aux ruraux et aide notablement à lutter contre la pauvreté. Avec son caractère économique plus affirmé, elle a adopté la complémentation alimentaire de la volaille (des poussins surtout), les principes élémentaires d'hygiène et de prophylaxie médicale, l'amélioration génétique par le métissage. Le taux de survie grimpe à près de 75%. Les œufs gagnent en quantité, en qualité donc en valeur marchande. Tout comme le poulet dont le poids vif varie entre 1,5 à 2,5 kg à 6 mois d'âge.

Le système de production commercial, ou aviculture moderne, a un objectif purement commercial : produire des œufs et des poulets de chair destinés au marché. Il use de techniques modernes d'élevage, observe les standards techniques (santé, alimentation, hygiène, habitat, souches sélectionnées, etc.), utilise des infrastructures en matériaux durables, gère selon des principes rigoureux de production, de commercialisation et de marketing. 

Au plan macro-économique, la production avicole apporte 7,48% au produit intérieur brut (PIB) du sous-secteur de l'élevage. Ce qui le propulse au 4è rang des produits alimentaires, après les bovins, les ovins/caprins et le lait. L'aviculture participe à 0,94% au PIB global et précède nombre de productions du secteur primaire comme le maïs, le fonio, le haricot, les patates, l'igname, etc.

Considérée (à tort) comme une simple activité d'appoint en milieu rural, l'aviculture, couramment pratiquée par les agro-pasteurs, représente à la fois une importante réserve de protéines animales, une activité génératrice de revenus et un puissant facteur de liaison sociale. En effet, la volaille joue un rôle notable dans les sphères d'échanges de la vie sociale, avec une importance symbolique particulière dans les cérémonies festives et culturelles (mariage, baptême, circoncision, offrande, cadeau pour hôte, etc.).

Au plan nutritionnel, la filière avicole apporte environ 21 000 tonnes de chair sur les 140 000 tonnes de production totale de viande. 80 millions d'œufs sont produits annuellement, selon les estimations du PDAM. La viande de volaille contient de 20 à 21% de protéines, notablement plus que d'autres chairs qui en recèlent de 15 à 18%, mais elle se révèle plus pauvre en matières grasses. 

Avec son cycle de production plutôt court et des charges relativement faibles, la volaille demeure en milieu rural l'une des sources de revenus les plus faciles et les rapides à mobiliser. Ainsi, la vente de quelques oiseaux permet de faire face à nombre de dépenses courantes ou imprévues : condiments, frais médicaux, etc. Dans les familles vivant à la campagne, la basse-cour fait ainsi office de compte d'épargne, d'assurance contre les calamités, les aléas de la soudure et les mauvaises récoltes.

UNE AUGMENTATION DE 50% EN 5 ANS

Parmi les produits directs de cet élevage de la volaille, il ne faut pas oublier les fientes (excréta) et les plumes. Les fientes de volaille sont considérées par les agriculteurs, particulièrement les maraîchers, comme la meilleure des fumures naturelles. Des études scientifiques ont démontré sa richesse en azote, sels minéraux, calcium, phosphore et potassium. Ce qui n'a rien d'étonnant quand on sait que sous d'autres latitudes, un de ses équivalents, le guano, constitue même un produit d'exportation.

Une poule en stabulation permanente produit en moyenne 100 kg de fientes par an. On mesure ainsi l'ampleur et l'intérêt économique, fonctionnel et environnemental de cette alternative à l'importation d'engrais chimiques. Ces fientes sont également utilisées en pisciculture pour alimenter les viviers et leur teneur en azote permet leur ajout aux compléments alimentaires pour le bétail.

Les plumes sont encore peu utilisées chez nous dans l'industrie des matelas et oreillers mais elles représentent une opportunité à surveiller.

Prenant en compte ce formidable potentiel peu ou mal exploité, les pouvoirs publics ont lancé au début des années 2000, le PDAM qui a permis à l'aviculture de faire un grand bond en avant. Le Projet de développement de l'aviculture au Mali a adopté une démarche rationnelle : cartographie des grands foyers d'activité avicole, organisation des acteurs au sein de structures professionnelles (coopératives, associations, etc.) puis appui technique et matériel des aviculteurs villageois et modernes.

Dans les zones d'intervention du projet -Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti et Bamako-, l'aviculture a connu un essor considérable. Dans les campagnes dominées par les systèmes traditionnels et améliorés, les acteurs apprennent la prophylaxie aviaire. Des vaccinateurs villageois opèrent aujourd'hui dans toutes les zones couvertes par le PDAM. La productivité s'est accrue grâce à la maîtrise des techniques de lutte conte les maladies aviaires.

Le cercle de Barouéli se distingue dans la région de Ségou. Bourama Sissoko, le président de la coopérative des aviculteurs de Barouéli, crédite le projet PDAM d'une augmentation de 50% en 5 ans de la productivité dans le cercle. Aujourd'hui, Barouéli a retrouvé son statut de grand pourvoyeur en produits avicoles.

L'équipement des membres de la coopérative et des associations d'aviculteurs a fortement accru le rendement des exploitations, constate-t-il. Même son de cloche chez Soumaïla Diarra, un producteur local, qui estime avoir vendu 10 000 sujets en 2007 alors que l'année précédente, il en avait écoulé un total de ... 1200. La progression est fulgurante avec des poulets beaucoup plus lourds (donc plus rentables) aussi grâce à l'introduction de sujets améliorateurs. 

La construction de marchés à volailles modernes à Bamako et dans les différentes régions, a musclé la filière en offrant aux vendeurs, un cadre structuré avec des équipements garantissant un service de qualité aux clients. Ces marchés modernes sont ainsi équipés d'une chaîne d'abattage industriel permettant de conditionner les volailles selon les normes d'hygiène requises. Les commerçants organisés en associations ou coopératives, possèdent des aires de vente équipées de rayons de cages métalliques pour conserver les animaux, d'aires de déplumage, d'eau courante pour l'hygiène du processus et des locaux et d'électricité pour le fonctionnement permanent du marché.

POSITIONNEMENT A REPENSER

Mais les infrastructures ne valent en définitive que ce que l'on en fait. Si à Kati, Kalanbancoro, Fana ou Bla, la réussite est perceptible à travers l'occupation de l'espace et les bonnes ventes réalisées, la situation est déplorable à Ségou par exemple. Situé au flanc du marché forain de la ville appelé "n'dènin sougou", le marché à volailles moderne est tenu par une poignée de marchands réunis au sein de la coopérative "Benkadi". Quelques années après son ouverture, ce marché n'est que l'ombre de lui-même. Mamadou Keïta dirige la cellule de gestion composée de membres de la coopérative. Il nous reçoit dans ses locaux tandis que deux jeunes vendeurs sont occupés à ciel ouvert dans la cour, à plumer une dizaine poulets qu'ils venaient d'abattre.

"Plus rien ne marche ici. Nous sommes victimes de la concurrence déloyale", lance Mamadou Keïta. Aucun équipement du marché ne fonctionne, en effet. Sans eau, ni électricité, l'aire d'abattage est abandonnée. Le château d'eau sensé alimenter la chambre de déplumage ne fonctionne pas. Le marché n'est plus qu'un vaste bâtiment insalubre où la vente devient problématique. Les vendeurs accusent les autorités municipales de n'avoir pas protégé le marché contre des concurrents déloyaux qui "viennent nous narguer jusqu'à côté du marché pendant les jours de foire", s'indigne Moussa Coulibaly, un autre vendeur. La ville de Ségou possède, en effet, deux autres marchés à volailles parallèles. Cette multitude de points de vente complique la tâche des occupants du marché moderne.

Les clients se plaignent des prix élevés pratiqués par le marché moderne et le boudent. Les marchands répercutent sur le prix de vente les coûts d'entretien des infrastructures qu'ils supportent. "Les autres ne veulent pas supporter les charges, c'est pourquoi ils ont refusé de nous rejoindre. Et, ils peuvent dès lors céder leurs produits à des prix défiant toute concurrence", explique le président de "Benkadi". Les autorités municipales se défendent en invoquant le handicap que représente l'éloignement du marché.

Le même problème sévit à Bla qui, en terme d'effectifs produits, est le marché n°1 de la région de Ségou. Mais la dispersion des marchands et le nombre élevé de forains qui investissent le marché le jour de foire, pénalisent l'association des aviculteurs. Boubacar Traoré, un des plus importants vendeurs du marché de Bla, ne décolère pas. Comment résister à l'assaut de villageois qui ne sont soumis à aucune charge d'exploitation et qui, dès lors, séduisent la clientèle en offrant leurs produits à la moitié du prix proposé dans le marché moderne ? Le positionnement du marché moderne dans l'organisation de la filière, a donc besoin d'être repensé.

L'appui caractérise aussi l'approche dont a bénéficié l'aviculture moderne concentrée principalement autour de Bamako et dans la région de Koulikoro. Les élevages ont reçu du matériel et des équipements nécessaires à l'exercice d'une aviculture digne de ce nom. Ne couvrant que 5% de la population aviaire, le secteur avicole moderne joue cependant un rôle important dans la sécurité alimentaire dans et autour des villes. En 2005 par exemple, les élevages bamakois ont produit près de 70 millions d'œufs propres à couvrir l'essentiel de la consommation citadine. La même année, 200 tonnes de poulets de chair ainsi que des pondeuses "reformées" ont été mises en vente pour la consommation familiale et la restauration.

Si l'aviculture souffre encore de nombre de lacunes, elle peut se prévaloir d'une relative maturité dans la lutte contre les maladies aviaires. Grâce à des mesures préventives et au suivi-conseil des acteurs du secteur, notre pays a su ainsi éviter la grippe aviaire qui a secoué de nombreux pays dans le monde.

C. A. DIA
L’Essor n°16288 du - 2008-09-19

 

 
  République du Mali  
Un Peuple - Un But - Une Foi
Ministère de l'Elevage et de la Pêche
Crédit et Mentions Légales